Eglise

Église Saint-Sulpice, classée monument historique par arrêté du 25 octobre 1927

Dédiée à Sulpice le Pieux, évêque de Bourges, elle est construite entre 1490 et 1550 dans le style gothique flamboyant puis Renaissance, conservant seulement le clocher latéral de l'édifice primitif du xiiie siècle qui s'élève au-dessus du croisillon sud du transept.

Alors qu'un soin particulier est apporté à l'ornementation du chœur, seul le bas-côté nord et le vaisseau central de la nef sont construits, clôturés vers le sud par une façade simple avec trois baies plein cintre et une porte au-dessous de celle du milieu.

Vers l'ouest, la base du clocher arbore une grande arcade ogivale murée, devant communiquer avec le bas-côté sud non construit. De ce fait, le transept et le chœur de trois travées constituent la plus grande partie de l'église.

Le chœur, au chevet à pans coupés, est d'une hauteur considérable et flanqué de deux collatéraux, celui du nord ne comportant toutefois pas de troisième travée. Cette travée est plus large que les deux autres, et la baie du collatéral sud est doté d'un remplage flamboyant sur trois lancettes, alors que les baies Renaissance des deux premières travées ne comptent que deux lancettes. Les trois baies du chevet sont à deux hautes lancettes et arborent un remplage flamboyant. Leur partie inférieure est bouchée en raison de la présence du retable du xviie siècle à l'intérieur, conçu d'un style monumental inspiré par l'ordre dorique.

Emblématique de la Contre-Réforme, il représente au centre une crucifixion, encadrée de deux statues de la Vierge et de saint Sulpice.  Les contreforts, entrecoupés par un à deux larmiers, sont strictement verticaux et couronnés par des vases en majorité mutilés ou disparus ; or, les contreforts à l'angle sud-est, dans le voisinage des baies flamboyantes, présentent en haut une esquisse de décor flamboyant.
Le mur du chœur dépasse de peu en hauteur les toits des collatéraux. Cet espace étant insuffisant pour le percement de fenêtres, il est orné d'une frise constituée d'un défilé de médaillons et de têtes sculptées.

L'édifice renferme un lutrin en bois polychrome du xviiie siècle, qui proviendrait de l'abbaye du Val.
Ce meuble situé dans le chœur porte les livres de chants liturgiques.
L'aigle qu'il expose à son sommet rappelle le symbole de Jean l'évangeliste.

On peut parfois admirer une belle statue de bois du xviie siècle représentant saint Sébastien, centurion de la garde impériale converti au christianisme et patron des archers

 
ARISTIDE QUILLET

Aristde QUILLET est né le 12 otobre 1880 à Villiers-Adam.

En 1884, à l'âge de 14 ans, il arrive comme apprenti chez son tuteur, libraire à Bessancourt (val d'OIse)
Biographie
Autodidacte, Aristide Quillet consacra sa vie à publier des ouvrages à caractère encyclopédique. Il fonda en 1902 la maison d'édition qui porte son nom.

Aristide Quillet a donné son nom au Dictionnaire encyclopédique Quillet, collection en 6 volumes dirigé par Raoul Mortier. Il a été publié pour la première fois en 1934.

Il a aussi édité l'Encyclopédie autodidactique Quillet, le Dictionnaire Quillet de la langue françaiseet une Histoire générale des religions sous la direction de Maxime Gorce et Raoul Mortier.

Aristide Quillet a été au début du siècle dernier à la tête d'un empire industriel impressionnant.

Il fut maire de Villiers-Adam pendant 22 ans. Aristide Quillet est mort le 30 avril 1955.

 
Benjamin Godard

Benjamin Godard est né en 1849, à Paris. Il fut d'abord pour le violon l’élève de Richard Hammer. Il entra ensuite au Conservatoire, dans la classe de Reber, et y apprit la composition. Bientôt, tout en faisant partie, comme alto, de diverses sociétés de musique de chambre, il fit paraître un certain nombre de mélodies, des morceaux pour piano, des trios, des concertos, voire des valses de concert. A dix-huit ans, il publiait sa Légende et Scherzo. Puis sa symphonie dramatique Le Tasse obtint le premier prix de la Ville de Paris. Au témoignage de sa sœur dévouée, Mlle Madeleine Godard, pendant le concours, Benjamin Godard avait si peu foi en lui-même qu'il avait par avance cédé tous ses droits à un éditeur. L'exécution du Châtelet fut pourtant triomphale. M. Colonne traîna sur la scène le jeune maître. Gounod, Massenet, Saint-Saëns, Ambroise Thomas, applaudissaient. La mère de Godard, assise près de Gounod, ne put se tenir de le remercier et lui apprit qui elle était. Alors le glorieux compositeur de Faust : « Madame, veuillez transmettre ceci à votre fils de ma part. » Et il l'embrassa.

« Jusqu'alors, dit encore Mlle Godard, la situation de fortune de nos parents avait été très brillante. Un beau matin, de brusques revers les contraignirent à vendre leur somptueux hôtel de la rue Pigalle et à s'installer dans un petit appartement de la rue Condorcet. Aiguillonné par la gêne, le génie de Benjamin s'exalta. »

En effet il multiplie la production, d'abord avec équilibre et sagesse. Au Tasse succéda une œuvre de moindre importance, mais qui était aussi bien intéressante et bien personnelle. Un tableau de M. Jules Lefebvre, très remarqué à l’une de nos anciennes expositions, lui en avait donné l’idée. C'était Diane surprise au bain par Actéon. Et d'après l'affirmation d'Ernest Reyer, à qui l'auteur avait fait hommage du manuscrit autographe, il y a dans cette œuvre poétique, mais un peu écourtée, trois morceaux qui sont de premier ordre.

Son Concerto romantique retint l'attention des musiciens, mais sa renommée data du 24 février 1884, jour où il dirigea lui-même, aux concerts Pasdeloup, sa Symphonie orientale, composée de cinq parties, sur des poèmes de Leconte de Lisle, de Victor Hugo et de Godard lui-même (les Eléphants, Chinoiseries,Sarah la Baigneuse, le Rêve de Nika, Marche turque).

Le catalogue de Godard comprend des sonates de violon, un trio, des quatuors pour instruments à archet (prix Chartier), un nombre considérable de morceaux pour piano, des études, plus de cent mélodies, un concerto romantique pour violon, un concerto pour piano, une suite d'orchestre intitulée Scènes poétiques,une Symphonie-Ballet (1882), uue Ouverture dramatique (1883), la Symphonie gothique (1883), la Symphonie orientale (1884), la Symphonie légendaire (avec solo et chœurs, 1886), pour orchestre ; une scène lyrique, Diane et Actéon, Le Tasse (symphonie dramatique avec soli et chœurs, 1878, couronné par la Ville de Paris), ainsi que les opéras : Pedro de Zalamea (Anvers, 1884), Jocelyn (Bruxelles, 1888), la Vivandière (Paris, 1895, peu après la mort de l'auteur) et la musique pour Beaucoup de bruit pour rien (Paris, 1887) ; plus les Guelfes et Ruy-Blas, Le Dante (1890), à l’Opéra-Comique, dont les exécutions intégrales ou partielles furent toutes posthumes. Telle est du moins la nomenclature de Hugo Riemann, qui doit contenir quelques lacunes.

Godard avait doublé les fatigues du surmenage par l’isolement même où le confinait la « sensivité» de sa nature ; la maladie le trouva presque désarmé quand il prit froid au cours d'une promenade à bicyclette dans la nuit du 24 juin 1894. Le mal traîna pendant quelques mois, et à Cannes, devant le panorama de la Côte d'Azur, le compositeur, chez qui l’inspiration veillait plus juvénile, plus ardente que jamais, put se faire illusion jusqu'à la dernière minute sur la gravité de son état. Une nuit de janvier 1895, il s'éteignait doucement, sans souffrance, comme un enfant s'endort, près du fauteuil où sommeillait sa sœur, réveillée par un pressentiment angoissé plutôt que par le hoquet suprême, à peine perceptible.

Quelques années plus tard on inaugurait dans le square Lamartine, à Passy, un monument à Benjamin Godard. Ce monument se compose d'une stèle en pierre dont les plans sont dus à l’architecte Jaumin et que surmonte le buste en marbre de 1'auteur de Jocelyn, du Tasse, de la Vivandière, par le sculpteur J.-B. Champeil, ancien prix de Rome, auteur du monument consacré, à Aurillac, aux Enfants du Cantal.

A gauche de la stèle, un grand motif en bronze figure Eléonore d'Este s'efforçant de consoler le Tasse et lui montrant, dans un geste harmonieux, le buste du compositeur.

*****

Camille Le Senne(1851-1931), auteur dramatique, Président de l'Association de la critique dramatique et musicale écrivit ceci à propos de Benjamin GODARD

L'œuvre est d'une fort belle venue dans sa simplicité. Elle est proche du monument Lamartine.

Cet hommage était bien dû au compositeur ; mais celui qui dut être le plus doux à ses mânes fut le grand succès posthume de la Vivandière, representée à l'Opéra-Comique en août 1895. Le livret intéressa. La vivandière, c'est Marion, et aussi la fée bienfaisante, toujours prête à se dévouer. Son bataillon vient camper sous les murailles du château de Rieul où habite le ci-devant comte de Rieul avec ses deux fils et une orpheline, Jeanne, léguée au comte de Rieul par son frère en mourant. A la vue de la vivandière et de ses soldats, un des deux fils du comte, Georges, renie tout son passé royaliste pour s'enrôler dans les rangs républicains. Il y sera suivi par Jeanne, qu'il aime en secret depuis longtemps, et les deux fugitifs deviendront les enfants adoptifs de la vivandière, à qui Georges rappelle le souvenir de son propre fils le sergent Thémistocle, un fier luron mort à l'ennemi.

Un an après, nous retrouvons le couple en Vendée. Georges est devenu sergent. La guerre touche à sa fin. Cependant Marion a appris qu'à la tête des Blancs qui défendent encore un village se trouve le père du jeune homme. Elle obtient que Georges ne prenne point part à l’assaut et soit envoyé en mission.

Quand le rideau se lève sur le troisième acte, les Bleus célèbrent leur victoire. Mais voici qu'on amène un prisonnier ; c'est le marquis de Rieul. La vivandière, n'écoutant que son cœur, le fait évader. L'alarme est donnée. Marion, qui se dénonce elle-même, serait fusillée si le général Hoche n'envoyait, juste à point, un message de paix et d'amnistie.

M. Henri Gain aurait pu finir de façon moins gentille et douceâtre : la mort de Marion, victime de son dévouement à ses deux enfants d'adoption, aurait produit plus d'effet que cette conclusion d'ailleurs antihistorique, car les documents publiés au cours de ces dernières années nous montrent en Hoche un « pacificateur » par les grands moyens plutôt qu'un amnistieur à la douzaine. Le livret de la Vivandière n'en a pas moins un grand mérite : l'emploi raisonné du pittoresque associé à l’élément dramatique, la meilleure combinaison que puisse rêver un opérateur lyrique.

Ainsi l'a compris et interprété Benjamin Godard. Cette dernière partition du maître regretté n'est pas une œuvre de grand style ni même de style uni ; il y entre un peu de tout, avec des assaisonnements divers, et elle donne ainsi la vraie caractéristique du compositeur. Mais la déclamation musicale garde un accent toujours juste et en parfaite concordance avec le milieu où se meuvent les personnages. L'œuvre est pleine de menues habiletés, de concessions au public, voire de formules mélodiques, mais sans banalité, et avec cette belle tenue scénique qui laisse à l'auditeur une impression ineffaçable.

Seul le dernier acte comporte d'expresses réserves. Il est faible et presque vide : dans les tableaux précédents, il est facile de reconnaître les intervalles volontairement ménagés par le compositeur pour permettre au public de reprendre haleine et d'applaudir. Ici, les «espaces » deviennent des lacunes, que M. Paul Vidal, le collaborateur posthume de Godard, aura hésité à remplir.

Il convient d'ajouter qu'une grande part de ce succès incontesté et à peine affaibli par les défaillances du troisième acte revint aux vaillants interprètes de l’œuvre de Benjamin Godard. En tête la vivandière : Mme Delna, si belle, si captivante, si bien en voix et en chair ; plastique opulente, organe robuste, 1'accent et le geste dramatiques ; un art libre et souple, essentiellement personnel, sachant se plier sans effort apparent à la discipline du rythme et de la déclamation lyrique. Son triomphe fut complet. M. Fugère prêta au sergent La Balafre, sur qui reposent tous les épisodes pittoresques, sa verve et sa gaieté contagieuse: il dut bisser la chanson du deuxième acte et 1'air de la charge, qui ne tarda pas à devenir populaire. M. Clément et Mme Laisné, bonne chanteuse d'étude, soupirèrent agréablement les duos d'amour.

En janvier 1902, le Théâtre des Arts de Rouen jouait les Guelfes, auxquels Benjamin Godard se préoccupait de faire un sort dès 1883 et qu'avaient refusé tous nos directeurs. Le librettiste Louis Gallet avait traité un épisode de querelle des Guelfes et des Gibelins. Manfield, roi de Sicile, a promis de marier son fils, Henri, à la fille de Salembeni, chef des Gibelins, mais le prince aime une jeune patricienne, Jeanne Torriani, et, malgré les supplications de la reine, enlève la jeune fille. Furieux, le roi, aidé des Gibelins, fait rechercher Jeanne Torriani et s'en empare au milieu d'une fête de villageois. Pour se venger, le prince Henri s'allie aux Guelfes ; mais la fortune des armes lui est contraire, il est fait prisonnier par son père et condamné à mourir avec la jeune fille. Devant les supplications de Jeanne Torriani, qui demande à être la seule victime, Manfield consent à pardonner à son fils. Mais Jeanne, croyant qu'on demande sa vie en échange de celle de son fiancé, absorbe le poison renfermé dans le chaton d'une bague et meurt dans les bras du jeune prince, qui, désespéré, ira finir ses jours dans un cloître.

On applaudit 1'ouverture, la phrase mélodique du ténor au premier acte, les duos d'amour du deuxième, le ballet et le chant des Guelfes qui termine le troisième acte. A 1'acte suivant, 1'air de Manfield pleurant le fils qu'il vient de condamner et le duo où Jeanne s'offre en sacrifice, page d'une puissante émotion, coupée au lointain par les crieurs proclamant la condamnation du jeune prince, puis par les voix de la foule demandant la grâce du condamné. Mais 1'œuvre ne devait pas s'inscrire au répertoire parisien. La revanche était moins complète qu'avec la Vivandière, et peut-être le jugement de la postérité sur Godard, compositeur dramatique, sera-t-il conforme à celui que formulait M. Louis de Fourcaud au lendemain de la première représentation où venait de triompher Mlle Delna : « Godard était un musicien des mieux doués, d'une belle imagination mélodique, surtout dans le mode élégiaque, et d'un sens harmonique délicat. Son malheur vint d'une facilité excessive à laquelle il s'abandonna et qui l’induisit souvent en stérile abondance. Le théâtre le tenta pour le renom qu'il donne, encore qu'il ne parût pas avoir reçu le don théâtral. Je lui ai entendu soutenir un jour, avec grand sérieux, qu'un compositeur n'a pas à demander beaucoup à son poème et que toute situation lui doit être bonne. Il ne prouva que trop la sincérité de son indifférence en matière de pièces lyriques en mettant en musique deux fois le même sujet, ou à peu près, avec les Guelfes et Dante, et en acceptant des livrets aussi médiocres que Pedro de Zalamea et Jocelyn. Ses ouvrages dramatiques sont faits en grande partie, de morceaux de concert, faciles à détacher, dont quelques-uns sont beaux et plusieurs comme improvisés. J'ignore ce qu'il eût écrit par la suite, instruit par l'expérience et ramené à des notions plus justes des actuelles nécessités de l'art. »

 
GUILLAUME CORNEILLE

Corneille est l'un des plus grands Maîtres de la peinture du XXe et XXIe siècles. Cofondateur en 1948 du mouvement COBRA, il n'aura de cesse durant toute sa carrière d'expérimenter, d'inventer et d'imaginer en toute liberté.

Mondialement connu pour être le peintre de la couleur, l'Oiseau, la Femme, la Nature et la Musique seront les thèmes récurrents de son œuvre magistrale. Éternel humaniste et amoureux de la vie, il nous confiait une fois encore :

« Dans ma longue vie de peintre, j'ai tout vécu avec passion, et si c'était à refaire, je referais la même chose. De ma vie, j'en ai fait une belle journée colorée. »

Guillaume Corneille van Beverloo est né en 1922 de parents néerlandais à Liège (BE), où il passe de nombreuses années de son enfance. En 1943, après un court passage à l’Académie des beaux-arts d’Amsterdam où il trouve l’enseignement trop académique, il abandonne le cursus classique pour expérimenter et s’exprimer librement. La guerre éclate malheureusement et projette son ombre néfaste sur le Monde. Contre toute probabilité et malgré l’enfer de la guerre, Corneille continue de peindre. À la libération, il décide d’oublier cette période terrible et embrasse la liberté à pleines mains.

En 1947, il est invité à exposer ses peintures à Budapest. Il y découvre les œuvres de P.Klee et rencontre J. Doucet. De retour aux Pays-Bas, il crée en 1948 avec K. Appel et Constant, l’ExperimenteleGroep Amsterdam et Reflex. Le 8 novembre de la même année, en opposition au surréalisme d’A. Breton trop théorisant, Corneille avec ses deux compagnons hollandais, les artistes belges C. Dotremont et J. Noiret ainsi que l’artiste danois A. Jorn, fonde à Paris le groupe COBRA.

Ce mouvement artistique expérimental devient l’un des mouvements les plus important d’après-guerre. COBRA est plus qu’un mouvement ou un collectif d’artistes. C’est un état d’esprit et un mode de vie. Michel Ragon écrira à ce sujet : « COBRA est moins une tendance qu’une occasion de rencontres heureuses. » Les tableaux du groupe COBRA donnent vie à des personnages parfois proches de l’art primitif, inspirés par l’art populaire principalement nordique. Ce bestiaire est également empreint de Contes et de Fables traditionnelles danoises. Les artistes COBRA inventent aussi des créatures et des bestioles inspirées par les dessins d’enfants ou des aliénés mentaux. L’important pour Corneille et ses compatriotes est de s’exprimer librement à travers les couleurs, les matières et les mots, sans contraintes ni règles. Corneille peint principalement, mais ses œuvres plastiques sont très souvent accompagnées de poèmes. Durant trois années, les « COBRAS » travaillent seuls ou en collectif, de manière intensive. Ils créent des œuvres uniques, impriment de nombreuses publications (COBRA, Le Petit COBRA, Le Tout Petit COBRA) et organisent des ateliers (10 rue de la Paille à Bruxelles), des réunions débat (les samedis d’Atlan à Paris) et des expositions regroupant des artistes internationaux. Le dénuement, les maladies et les querelles mettent fin à COBRA le 6 novembre 1951 avec leur dernière Exposition internationale d’Art expérimental qui a lieu aux Musées des Beaux-arts de Liège. Comme l’a si bien exprimé C. Dotremont, COBRA a été « le marché commun de la misère et de l’exubérance ». Cette dernière exposition n’a déjà plus grand chose à voir avec l’esprit COBRA, invitant des artistes aux préoccupations et aux horizons divers (par exemple Giacometti), mais elle permet une fois encore de bousculer la vision d’un art encore trop institutionnel.

Après la dissolution du groupe, chaque acteur de COBRA suit un chemin personnel, en gardant des contacts avec les uns et les autres. Ils continuent parfois à créer des œuvres à « quatre mains », comme J. Noiret avec T. Wolvecamp et à réaliser des projets collectifs. Corneille travaille beaucoup avec Hugo Claus, un de ses plus proches amis et collaborateur COBRA, apportant aux textes de celui-ci des dessins, des gravures ou des lithographies, et vice-versa. La liste des artistes avec lesquels Corneille a travaillé est très longue car il est un artiste d’une générosité extrême, toujours avide de nouveauté.

À partir des années 50, ayant déjà émigré à Paris, il commence à exposer dans les grandes galeries parisiennes comme la Galerie Maeght (1950), la galerie de Colette Allendy (1954), la Galerie Ariel (1961), et à New-York dans la LefebreGallery (1962). Il expose aussi dans des musées comme le Musée de Curaçao (1954), le Palais des Beaux-arts de Bruxelles(1956) ou encore au Stedelijk Museum d’Amsterdam (1956 et 1960). Depuis, ses œuvres sont exposées et référencées dans les plus grands musées du Monde.

Mondialement connu pour ses peintures et dessins, Corneille a tout au long de son parcours expérimenté et découvert de nouveaux medium pour s’exprimer. Ce qui compte pour lui, c’est « la créativité avant tout ! ». Il écrit avec beaucoup talent, des poèmes, des critiques d’art. Son Journal de la Tour (1976), accompagné de dessins merveilleux, en est un vif exemple. La photographie tient aussi une place très importante dans sa vie (photographies de nus, photographies d’Afrique). Grand graphiste, Corneille crée aussi des lithographies, des aquagravures, des gravures, mais aussi des sculptures (en céramique, en bronze, en résine, en verre), des bijoux d’artiste, de la vaisselle en porcelaine de Limoges, des tapisseries, etc., rendant ainsi accessible à un plus grand nombre ses œuvres. Grand novateur, il est l’un des premiers artistes à créer des œuvres pour la promotion d’une banque (ABN AMRO, Pays-Bas) ou d’un organisme (GREENPEACE, Pays-Bas). Avide d’expérimentations, ayant toujours gardé un esprit ludique d’enfant, il projette ses dessins sur des stylos, des voitures, un ballon dirigeable, des cravates, et même un Tram d’Amsterdam. Comme le dit si joliment sa femme, Natacha van Beverloo-Corneille, en s’inspirant de la phrase célèbre d’A. Rimbaud, « Corneille est un éternel voyageur, un homme aux semelles de vent avec toujours un pied dans le bac à sable, un jeune grand peintre. »

Corneille a toujours été un oiseau libre. Il ne reste jamais très longtemps à la même place. Corneille, l’oiseau voyageur a fait le tour du Monde : Afrique noire, Amérique latine, Mexique, Brésil, Asie du sud-est, Indonésie, Bali, Chine, Japon, Israël, Etats-Unis, Italie, Hongrie, Danemark, etc. Chaque voyage est l’occasion de nouvelles rencontres, de nouvelles inspirations. En 1995, il s’installe pourtant avec sa famille dans la région du Val d’Oise à Villiers-Adam. La lumière de cette région a de tout temps attiré d’illustres peintres. De son atelier au milieu des champs qu’il ne quitterait pour rien au monde, Corneille se laisse imprégner par la lumière et le chant des oiseaux. Il est considéré par beaucoup comme le peintre lumineux de la couleur: « la lumière pour un peintre, dit-il, c’est le bonheur ! ». Villiers-Adam, à quelques kilomètres seulement d’Auvers-sur-Oise, lui permet de rester proche de son compatriote Van Gogh dont il est depuis toujours un fervent admirateur.

Bien que l’on puisse voir une continuité dans son travail depuis ses débuts à aujourd’hui, l’œuvre de Corneille se compose de plusieurs périodes bien distinctes les unes des autres: la période de jeunesse jusqu’à 1947 où le portrait a une place importante ; la période « COBRA » de 1948 à 1951, très imaginative avec des personnages étranges et un bestiaire coloré ; la période « post-COBRA » souvent décrite comme sa période d’abstraction lyrique de 1951 à 1955; et la période minéralogique de 1955 à 1965, qu’il appelle lui-même « géologique », où les compositions et les formes rappellent le désert du Hoggar. Michel Ragon parlera de « paysagisme abstrait » ; la période figurative à partir de 1970 où femmes, oiseaux et serpents s’entremêlent. On retrouve en effet dans l’œuvre de Corneille les thèmes principaux de la Femme (peinture « Reflet dans le miroir », 1980), de l’Oiseau (peinture « Le grand oiseau », 1950), du Chat (peinture « Femme au chat », 1982) ainsi que ceux des Astres (lithographie « le soleil et l’oiseau », 1999), de la Musique (aquagravure « Hommage à Mozart ») et de la Nature (peinture « La Mer est un jardin », 1959). Ses thèmes de prédilection s’expriment seuls ou en dialogue avec un ou plusieurs autres de ces thèmes. Nous assistons en 2007-2008 à une nouvelle période dans son œuvre, une synthèse de ses différentes périodes, où compositions abstraites, « couleurs Corneille », éléments comme la tête de femme, l’oiseau, se retrouvent rassemblés dans des œuvres toujours pleines de poésie. Fin 2008, pour couronner la rétrospective « Corneille : Un peintre solaire à Auvers-sur-Oise » et réitérer son attachement à la région, Corneille magnifie Auvers-sur-Oise avec l’œuvre « L’église d’Auvers ». Pour rendre hommage à sa passion pour la musique, et aux nombreuses œuvres réalisées autour de compositeurs tels que Mozart, Beethoven, etc., le Festival de musique d’Auvers-sur-Oise invite Corneille en tant qu’artiste d’honneur.

Pendant plus de 70 ans, Corneille aura conjugué avec génie sous toutes ses formes un vocabulaire pictural personnel, coloré et envoûtant. Son œuvre est un appel à la rêverie et à la liberté. Dimanche 5 septembre 2010, l'oiseau-Corneille nous quitte laissant derrière lui une œuvre magistrale à transmettre aux générations présentes et futures.

Nicolas Delamotte-Legrand.

http://www.corneilleguillaume.com/artiste.html

 
MARION MICHELLE GUYARD

Qui était Marion Michelle Guyard dont l’espace vitré de la bibliothèque porte le nom ? Dans les quelques lignes qui suivent nous allons brosser un rapide portrait de celle qui, après avoir parcouru le monde, avait décidé de s’établir à Villiers-Adam.Photographe, réalisatrice, opératrice, scénariste, Marion Michelle Kobletz est née le 19 juin 1913 à Cleveland (Ohio). Fille d’un avocat de la « bonne société » de Cleveland, elle fit ses études à l’Université de Chicago. Durant son cursus littéraire, elle parcourut l’Europe en 1933, visitant, Londres, Paris, Vienne et Moscou. C’était l’itinéraire classique d’une fille de la bourgeoisie américaine dans le cadre de ses humanités. C’est à cette époque qu’elle fit l’acquisition d’un LEICA, son premier appareil photo, avec lequel elle fit son apprentissage de la prise de vues. Elle passa d’ailleurs plusieurs étés, pendant ses études, à travailler dans un laboratoire photographique. Elle fut rapidement attirée par New York où son premier professeur fut Paul Strand, célèbre photographe américain. Elle fut sa photographe de plateau sur le « Native Land », un des premiers films sur la violation des droits civiques tourné aux États Unis.Après avoir collaboré avec de nombreuses revues et journaux, son premier livre de photographies est publié en 1939. Photographe de plateau, c’est naturellement qu’elle se dirigea vers la réalisation de documentaires.En 1941, à la demande du gouvernement mexicain, elle réalise un film sur l’école primaire au Mexique.A son retour aux États-Unis, elle travaille pour le « Office of War Information » au sein des studios Universal. Durant cette période, elle rencontre chez ses parents divers artistes allemands exilés dont Bertold Brecht.Fin janvier 1944, elle rencontre Joris Ivens, cinéaste hollandais, à Hollywood. Il joua un rôle important dans sa vie artistique. Elle le suivit en 1945 en Australie où elle filma les scènes de « IndonesiaCalling » (1946), œuvre majeure de Joris Ivens, qui malade au moment du tournage réalisa le montage contre la répression colonialiste des Pays-Bas en Indonésie. Ce film fut tourné sans beaucoup de moyens et peu de personnel car, filmer la grève des dockers indonésiens qui refusaient de travailler sur les navires hollandais, demandait une certaine discrétion.En 1947, toujours en compagnie de Joris Ivens, elle parcourt l’Europe en reconstruction matérielle et politique. Marion Michelle écrit alors le script, plusieurs fois remanié, de « The first Years » qui est un témoin de la construction du socialisme en Europe de l’est, avec les espoirs et les aspirations du temps. Pendant le tournage, elle vécut à Prague dans la même demeure que Brecht et Eisler. Sous le pseudonyme de Marion Bourgogne, Marion Michelle a signé la réalisation du film « La fête de l’humanité -1953 » qui met en avant la convivialité de la classe ouvrière à travers des propos mesurés et porteurs d’espoir.C’est en 1954 qu’elle épousa Jean Guyard. Elle continua à collaborer avec Joris Ivens, entre autres, dans la promotion et la distribution de ses films.Entre 1957 et 1968, elle fut également secrétaire de la fédération internationale des archives du film (FIAF). Un temps, un différend important l’opposa à Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque Française et directeur de la FIAF. Il souhaitait la limoger de son poste, mais à la fin c’est lui qui finalement dû se retirer.En 1972, elle participa à la création de l’association internationale des documentaristes jusqu’à sa dissolution dans les années 80. Parallèlement à toutes ces activités, Marion Michelle n’arrêta jamais de faire des photographies et de tourner des documentaires.En 1968, elle retourne en Bulgarie pour tourner « Les maîtres de la pluie ».Jusqu’en 1990, elle réalisa plusieurs pièces pour France-Inter, France Culture et la BBC. Ces œuvres sont exposées dans toute l’Europe dont une série sur « La statuaire à Paris ». Elle est invitée par le Centre Pompidou en 1995 où elle présente une exposition consacrée à Joris Ivens d’environ 1500 clichés. Elle fit don de tout son travail avec le cinéaste hollandais à la Fondation Européenne Joris Ivens. Le reste de sa production personnelle, elle le légua à la prestigieuse collection George Eastman à Rochester, où elle est actuellement exposée.Cette artiste à la personnalité marquée et novatrice, qui eut l’intelligence de suivre son temps et d’en porter témoignage à travers son œuvre, s’est éteinte le 30 avril 2007, à l’âge de 93 ans, après une vie dédiée à ces arts du 20ème siècle que sont la photographie et le cinéma.

Pierre TORCHON

Bibliographie : www.ivens.nl,www.cinearchives.org, Allocution de M. Colmet-Daâgele 4 mai 2007.www.archive.sensesofcinema.com